Les Quechuas

Les indiens Quechuas constituent le peuple le plus emblématique de l’Amérique du Sud. Ils vivent en communauté dans les régions andines jusqu’à près de 4500 mètres d’altitude, principalement au Pérou, en Bolivie et en Equateur, dans de petites maisons de pierres identiques à celles de leurs ancêtres.
Peuple d’agriculteurs, les Quechuas élèvent des alpagas pour leur viande et pour leur laine qui sert à la fabrication de sacs, vêtements, cordages… ou qu’ils vendent. Ils élèvent également des lamas, utilisés pour le transport de marchandises, et des cochons d’Inde qui finissent… dans leur assiette !
Cultivateurs, ils connaissent de très nombreuses variétés de pommes de terre, base de leur alimentation, qu’ils déshydratent pour mieux les conserver. Au marché, ils les troquent contre d’autres denrées ou les vendent pour ensuite acheter des offrandes destinées à la nature.
Ils cultivent aussi la coca dont ils utilisent la feuille comme coupe faim et coupe soif mais également comme source d’énergie.
Le tissage est l’activité par excellence des femmes. La vente de vêtements permet aux Quechuas de faire vivre leur famille et de subvenir à la scolarité de leurs enfants notamment.
Héritiers des Incas, les Quechuas se transmettent de génération en génération des croyances divines : pour eux, les dieux sont des éléments de la nature et pour remercier la Terre-Mère (la « Pachamama »), ils présentent régulièrement des offrandes aux montagnes sacrées et à la nature en général, laquelle leur offre tout ce dont ils ont besoin pour vivre. Ainsi, ils récupèrent la glace et l’eau sacrée pour bénir le bétail, leur principale ressource.
Toute la communauté participe aux travaux collectifs : l’entraide, le partage, la solidarité sont l’essence même de leur mode de vie. Il règne une réciprocité profonde dans cette communauté qui s’attache à vivre en harmonie avec la nature.

Les Aymaras

Les Aymaras vivent pour la plupart en Bolivie, mais d’autres communautés se trouvent au sud du Pérou, au nord de l’Argentine et sur la côte chilienne. On en dénombre plus de deux millions.
Originaire du lac Titicaca, la culture aymara est l’une des rares à avoir résisté à deux invasions, celle des Incas et celle des Espagnols, tout en conservant son identité culturelle si particulière. Plus combatifs et militants que les Quechuas, c’est sans relâche qu’ils se sont sacrifiés pour sauvegarder leur indépendance et leur liberté.
Il n’y a que face à la société occidentale que les Aymaras, et en particulier les jeunes générations, sentent leur culture et leur communauté de plus en plus en danger.
Cette culture si singulière attache énormément d’importance à la solidarité et à la vie en communauté, qui repose sur quatre piliers fondateurs : la communauté, les fêtes, les rites et le cosmos.
Fondé sur l’entraide et le partage avec autrui, l’esprit communautaire humanise toute activité et apporte bonheur et satisfaction. La fête, fréquente chez les Aymaras, est un moyen de rassembler et de souder la communauté dans la joie et la bonne humeur.

Le monde est pour eux divisé en trois espaces : le monde d’en-haut « ALAX PACHA », le monde sur terre « AKA PACHA » et le monde sous terre « MANQHA PACHA », trois mondes différents qui interagissent avec les humains.

ALAX PACHA
DIEU le Père, DIEU le Fils et DIEU Esprit Saint, les anges, les apôtres, la Vierge et les défunts (communication à travers des prières et la messe)

AKA PACHA
Animaux, plantes, fleurs, hommes, esprits des lieux, des montagnes, de la Terre Mère (Pacha Mama), de l’esprit ancestral (Achachila), des esprits tutélaires (Uvwiri, Tapani). Chaque clan peut avoir sa propre montagne et l’esprit qui y est rattaché. Afin de vénérer ces esprits et de les remercier, des offrandes et des sacrifices sont perpétués au pied de la montagne sacrée. L’aspersion d’alcool ou d’eau bénite, nommé « CH’ALLA » est un rite couramment utilisé en l’honneur de la Terre Mère.

MANQHA PACHA
Monde des ténèbres et esprits maléfiques connus sous le nom de « SAXRA » (Satan), « SUPAYA » (démon), « ANCHANCHU » (démon de la mine » ou encore « ANTAWALLA » (esprit avec queue de feu). Démoniaques, ils s’attaquent physiquement et mentalement aux hommes principalement la nuit. On les rencontre dans des endroits humides et sombres. Ils se servent de coqs, de crapauds, de lézards, de serpents pour dissimuler leur habitat.

Remercier et vénérer les saints et les Dieux par le biais de prières, d’offrandes et de messes est d’autant plus nécessaire qu’ils détiennent un contrôle indéniable sur la santé et sur toutes sortes de maladies physiques ou psychiques. Bien sûr, chaque clan dispose de son « Quiliri », guérisseur et médecin. Mais pour que les hommes ne risquent pas de perdre leur corps, mais aussi leur âme, face aux ténèbres et aux démons, les sacrifices d’animaux restent le plus sûr des moyens.
Les « Yatiri », sages et prêtres, sont aussi présents dans chaque clan. Le Yatiri est en quelque sorte un guide spirituel et moral pour sa communauté, un conseiller faisant office de médiateur avec les divinités. Il est élu par la divinité pour être le leader et le chef de clan en raison de son savoir, et rappeler aux hommes leurs devoirs et obligations envers la terre nourricière, essentielle pour ce peuple d’agriculteurs pasteurs : source de toute vie, végétale comme animale, c’est d’elle qu’ils tiennent la leur.

Les Diaguitas

Les diaguitas (ou paziocas) peuplaient les hauts plateaux andins et vallées du nord-ouest argentin, dans les régions de Catamarca, Tucuman, la Rioja, la Salta, et une partie du nord du Chili, non loin des régions d’Atacama et de Coquimbo.
C’était un ensemble de groupements indépendants réunis par une langue commune aujourd’hui éteinte, le kakan, formant une communauté importante dotée d’une culture d’une grande richesse notamment dans les vallées calchaquies d’Argentine.
On retrouve aujourd’hui de nombreux vestiges de leurs ingénieuses constructions appelées « pukara », ou forteresse en quechua, comme l’ancienne cité de Quilmes dans la province de Tucuman.
Les poteries ornées et gravées, souvent zoomorphes, retrouvées lors de fouilles sur des sites funéraires témoignent de leur maitrise de cet art. Les familles ou des artisans spécialisés fabriquaient les marmites, cruches, vases et urnes funéraires, dont certaines en forme de félin laissent supposer qu’ils vouaient un culte à ces animaux.
Polythéistes, Inti, le Soleil, et la Pachamama, la Terre-Mère, étaient vénérés et remerciés par toutes sortes d’offrandes, dont des menhirs, associés à des rites de fertilité.
Chaque village autonome était gouverné par un chef militaire et politique qui gérait les terres, les récoltes et les réserves. Il disposait aussi d’un chaman chargé des rites, des cérémonies religieuses et des problèmes de santé.
Agriculteurs, ils s’occupaient collectivement de cultures en terrasses de pomme de terre, oignon, quinoa, pois, piment, kiwicha, maïs. Ils possédaient d’excellents systèmes d’irrigation ce qui leur permettait de cultiver une grande variété de produits. Les Diaguitas cueillaient les fruits sucrés aux propriétés digestives du caroubier, qui permettaient la fabrication du pain « patay » et d’une bière nommée « aloja », mais pas seulement : il était aussi utilisé comme bois de chauffage, et l’écorce de sa racine servait à la teinture de la laine.
Ils étaient également éleveurs de lamas et d’alpagas dans les zones froides de la Puna et pratiquaient la pêche.
Les Diaguitas menèrent une résistance tenace de 1471 à 1533 contre l’invasion Inca. Ils résistèrent même à l’invasion des Conquistadors pendant plus de 100 ans grâce une grande armée commandée par Juan Calchaqui.
Mais les trois guerres Calchaquies du XVIIe siècle furent extrêmement meurtrières, notamment la dernière qui dura 8 ans et s’acheva sur une victoire des Espagnols qui réduisirent le peuple diaguita en esclavage.
Autrefois fertile, la région où les Diaguitas habitaient est actuellement quasi-désertique : les Espagnols détruisirent les forêts afin de les affamer et les soumettre. Les caprins et les ovins qu’ils introduisirent ensuite massivement firent le reste.

Les Chipayas

Les Chipayas font partie des peuples les plus anciens de la Cordillère des Andes. On dit d’eux qu’ils sont les rescapés des créatures « d’avant le soleil ». Aujourd’hui, à peine plus de 2000 individus vivent sur ces terres arides à 4000 mètres d’altitude au nord du Salar de Coipasa, en plein Altiplano bolivien.
Survivre sur cette terre salée exige de l’abnégation. Pour rendre une parcelle exploitable, il faut préalablement dessaler la terre. Les Chipayas, surnommés « le peuple de l’eau » parce qu’ils sont experts dans l’art de la détourner et de la diriger vers chaque lopin grâce à d’ingénieuses techniques ancestrales, ils doivent ensuite édifier des barrages faits de paille et de terre pour pouvoir inonder leurs parcelles durant deux ans avant de pouvoir y semer du quinoa ou des pommes de terre. Et il faudra encore dresser des barrières de paille pour protéger les plants du vent, fréquent et parfois violent.
L’eau est donc vitale pour eux _ chaque famille doit construire son propre puits et le protéger contre l’invasion du sel_ comme pour leur bétail : les abreuvoirs qu’ils creusent doivent être dessalés en permanence.
Préserver ce savoir-faire ancestral, leurs coutumes et leur langue a permis aux Chipayas de traverser les époques et de survivre sur le peu de terres qu’il leur reste, eux qui furent longtemps méprisés par d’autres civilisations qui les y repoussèrent.
Organisé autour d’un habitat traditionnel, des huttes coniques en pierres sèches et toit de chaume nommées « putukus », leur mode de vie repose sur l’entraide communautaire. Il n’est pas rare qu’une famille travaille pour une autre en échange d’un sac de quinoa.
Ils pratiquent l’élevage de lamas, de moutons et de porcs, et chassent le flamant rose pour sa viande et sa graisse qu’ils utilisent pour soigner les rhumatismes, ainsi que le cochon sauvage.
Ils confectionnent toutes sortes de vêtements en laine (bonnets, ponchos, pantalons…) et portent avec fierté leur tenue traditionnelle.
Comme chez les autres Andins, la feuille de coca est omniprésente dans les relations économiques, où elle sert de monnaie d’échange, dans les relations sociales, où elle s’offre pour sceller un accord ou honorer une personne, et même en religion, en forme d’offrande au Dieux et de remerciement à la Pachamama pour les bonnes récoltes, la santé des hommes et celle du bétail. Plus qu’un produit pour étancher la soif, couper la faim ou faire oublier la fatigue, la coca est la représentation de ce qui est sacré pour ces hommes et fait partie intégrante de leur civilisation.