A l’époque inca, des caravanes comptant jusqu’à 3.000 lamas sillonnaient l’empire, assurant le troc entre l’altiplano et les vallées fertiles. Si elle a fortement diminué du fait de la concurrence des camions, cette pratique est cependant toujours vivace et il est possible de vivre cette expérience peu banale.

Nous proposons de participer à l’une d’elles dans la région du salar d’Uyuni et du Lipez.
Sel ou quinoa à l’aller, fruits ou autres denrées au retour, une randonnée au rythme des bêtes, menées par des llameros dont le mode de vie semble immuable.
Les assister dans leurs tâches quotidiennes, s’émerveiller d’un lever de soleil sur l’altiplano et de la beauté sauvage des vallées du Chuquisaca. Et la nuit venue, dormir sous les étoiles.

Plus qu’un dépaysement, une immersion dans la culture altiplanique, et un moment privilégié, autant pour se retrouver soi-même que pour partager des moments forts.

Voici quelques mots de présentation du salar d’Uyuni, où se déroule une partie de la caravane, et l’a présentation de la genèse de ce projet.

Le salar d’Uyuni

Le salar d’Uyuni (ou salar de Tunapa, du nom du volcan qui le domine) est issu de l’alternance d’époques pluvieuses et sèches.
Situé à l’endroit le plus bas de l’Altiplano, à 3640 m. d’altitude (contre 3812 m alt. pour le lac Titicaca), il offrait un déversoir aux rivières de la région aujourd’hui disparues mais qui drainaient alors quantité de sels minéraux, originaires de bassins exogènes.

Immense surface lisse et dure comme du roc couvrant l’équivalent de deux départements français, ce qui en fait la plus grande étendue plane du monde, le salar est formé d’un bloc d’une épaisseur estimée à environ 500 mètres, qui alterne couches de sédiments et couches de sel (dépôts sédimentaires quand le salar est sous les eaux puis dépôts de sels minéraux à l’évaporation des eaux).

Ici, il n’y a que la blancheur aveuglante du sel, à perte de vue : sans protection, les yeux ne supporteront pas plus de 5 minutes l’intense rayonnement du soleil.

Mais, même ici, la vie n’a pas renoncé : un écosystème fragile, fruit de milliers d’années d’adaptation, a su se développer. Sur les rares  « îles »  de ce désert, petites collines de quelques centaines de mètres de haut perçant le sol tout comme les cimes percent les nuages, surgissent des cactus géants et quelques plantes tenaces dont se nourrissent ses seuls habitants, les viscaches, petits lapins à queue d’écureuil, condamnés à rester là, encerclés par le sel.

Enfin, les seuls habitants … pas vraiment …

Alfredo Ticona est Aymara. Il est originaire de Tahua, un village à l’ouest du salar, construit au pied de la cordillère qui sépare l’Altiplano de la côte Pacifique.
Pendant presque 10 ans, il fut l’unique habitant «  »humain » » du grand désert de sel. Il vit encore aujourd’hui sur son île Incahuasi (« la maison de l’Inca »  en quechua), à près de 80 km de toute activité humaine, encerclé lui aussi par l’immensité salée.

Tout jeune, il participait au convoyage des caravanes avec son père. Pour échanger des marchandises avec leurs voisins chiliens, il aurait fallu franchir les montagnes. Alors l’unique solution était de traverser le grand désert blanc jusqu’à Uyuni, la ville, de l’autre côté, où l’on pouvait échanger son sel, son quinoa, ou sa laine de lama contre des denrées plus rares : d’où les longues caravanes de lamas, bêtes de somme de l’altiplano.

Il nous raconte : « Jusqu’au début des années 80, la traversée se faisait à pied, en 2 ou 3 jours. On commençait par dormir sur une île proche de Tahua, pour partir très tôt le lendemain. Il était toujours préférable de marcher de nuit, pour éviter la forte réverbération du soleil. Pendant la journée, on devait porter des pièces de tissu noir sur les yeux. On partait à deux heures du matin pour arriver à l’île de Pallali à 10 heures du matin. Les lamas portaient des chaussons de cuir car le sel endommageait leurs pieds. Le lama peut tenir une semaine sans eau… ».

C’est durant ces exténuantes traversées qu’Alfredo Ticona tomba amoureux de la solitude du salar avant de s’installer sur l’île Incahuasi.
Aujourd’hui, sa résidence sur l’île est menacée par un projet gouvernemental dont l’objectif, à priori, est de mieux contrôler le passage touristique qui va en augmentant.

Mais comme dirait Alfredo : « Pues soy como el cactus y nunca me voy a ir » (C’est ainsi, je suis comme le cactus et je ne partirai jamais).