Il ne faut pas confondre :
On n’arrive pas ici parce qu’on s’est perdus.
On y parvient parce qu’on NE s’est PAS perdus en route.

Si vous êtes seuls, il vous faudra un peu d’intuition pour découvrir le salar de Surire, tant l’itinéraire est peu indiqué, et les rares panneaux pas clairs clairs.
Il ne faudra pas compter non plus sur l’aide des carabinieros dans leur uniforme kaki austère : ils ont la double réputation d’être les plus incorruptibles des flics d’Amérique latine, mais aussi les moins sympas.

C’est un guide qu’il vous faut. Un de ces gars qui fait corps avec son 4×4 et qui connaît ces routes et leurs pièges comme vous le chemin de la boulangerie.
La tôle ondulée qu’il faut aborder assez vite pour éviter le cahotement, mais pas trop pour ne pas risquer la perte de contrôle.
Les pistes sableuses où l’on peut s’enliser des heures (des jours dans la version moins drôle).
Les cours d’eau à franchir à gué sans hésiter.

Des pistes certes piégeuses, mais aussi d’une grande beauté, dans des paysages d’altiplano par excellence, tout en sobriété.

Le parc national Vicuñas

On est à plus de 4.000 mètres en permanence, les volcans barrent l’horizon.
C’est extrêmement sec, et presque totalement aride, n’étaient quelques touffes de « paja brava » (ichu) qui s’arc-boutent sous les assauts du vent.
Elles côtoient des pieds de yareta, une plante surprenante qui ressemble à une mousse mais se révèle dure comme la pierre.
On croise la farouche vigogne aux grands yeux noirs et à la silhouette gracile. Elle va en groupe, toujours à bonne distance, sans cesser de nous surveiller.

Puis tout change, car soudainement, il y a de l’eau.
On est désormais dans une vallée et la piste suit les délicats méandres de la rivière.
Une herbe grasse tapisse le sol, attirant toute la faune présente dans ce pâturage connu sous le nom de « bofedal » (zone humide d’altitude).
Alpacas et lamas s’ébattent en liberté, difficile de les reconnaître de prime abord.
Et puis on comprend ce qui les distingue : leur taille d’abord (le lama est plus grand et plus élancé que son cousin plus trapu), mais aussi leur pelage (celui de l’alpaca est nettement plus touffu, ce qui lui donne un air de grosse peluche).

Le salar de Surire

Enfin le voilà, le salar de Surire.
En arrivant par le nord et le parc national Vicuñas, on risque le choc.
Là, au milieu de nulle part, une noria de grands camions aux couleurs vives qui soulève des tonnes de poussière.
Ils transportent vers les ports de la côte le borax, un élément naturel que l’on trouve en grande quantité sur le salar.
Mais où ? Difficile de le différencier du sel, ils ont la même apparence blanche !
Les ouvriers de l’exploitation nous font l’effet de ces gars qui travaillent sur des plateformes pétrolières, même environnement éprouvant et isolé.

On traverse le salar pour se retrouver seuls avec les flamants des Andes qui occupent sa partie sud.
Un culpeo (renard de Magellan) fuit à notre approche entre les touffes d’herbe sèche.
Au loin, une silhouette s’évapore à vive allure. C’était le nandu, un cousin de l’autruche, que l’on appelle aussi suri.
C’est à lui que le salar de Surire doit son nom, il était normal qu’il fasse une apparition, même furtive …