Le 4×4 vient de quitter la large piste que nous suivons depuis le départ d’Uyuni, il y a quoi ? une heure peut-être ?
Nous pénétrons sur le salar : d’abord les berges boueuses, puis d’archaïques exploitations de sel.
Et soudain, face à nous, une pure merveille.
10.500 km2 de sel pur, dur comme le roc.
A part quelques îles couvertes de cactus géants, c’est absolument plat et d’une blancheur intense, à perte de vue.
Soudain, une forme à l’horizon, côté nord : c’est la carcasse du volcan Tunupa, qui domine les débats du haut de ses 5.321 mètres.

Le salar d’Uyuni est un désert qui, tant par ses importantes dimensions que par son style hors du commun, procure comme une enivrante sensation d’infini.
Spécialement quand les nuages lourds se reflètent dans ce qui devient un fabuleux miroir à la saison des pluies.
Sans aucun doute l’un des plus étincelants joyaux de la couronne altiplanesque.

salar d’Uyuni, une mise en bouche sur la route du Lipez

Mais tout remarquable qu’il soit, il n’est qu’une première saveur, une (splendide) mise en bouche : le reste du menu est gargantuesque.
On n’exagère pas, tous les jours c’est un festival.
Des sites qui rivalisent d’inventivité et de majesté se succèdent, dans un décor minéral d’une admirable sobriété.

Très vite, on comprend qu’en fait on en prend plein les mirettes toutes les deux heures, à mesure que les paysages changent sous nos yeux tandis que l’on descend plein sud.

Il y a cette succession de perles, les petites lagunes Hedionda, Honda, Cañapa, Ch’arkota, et leurs colonies de flamants, qui nous lancent des regards dédaigneux, les pattes dans l’eau glacée.
Ils signalent leur présence pour la première fois.
On les retrouvera par milliers le lendemain sur la laguna Colorada.

Lipez, attention, nuits fraîches

Cette nuit-là on se demande si la température (déjà -7°C la nuit dernière en ce début juillet) n’a pas encore chuté.
Peut-être parce qu’on s’arrache de la couche avant l’aube, pour assister au spectacle de l’éruption des geysers Sol de Mañana qui portent bien leur nom (soleil du matin) puisque c’est à l’aube que les grosses marmites de boue en ébullition donnent toute leur mesure.

On ne cesse de faire des pauses pour se balader dans les paysages extraordinaires qui se succèdent.
La vallée des roches et ses blocs de basalte finement taillés.
Le désert de Siloli, qui ressemble à un jardin japonais après le passage du râteau.
L’arbre de pierre qui défie les lois de l’architecture.
Le désert de Dali est ses rochers bizarroïdes -qui il faut le dire nous rappellent plus César (le sculpteur) que Salvador (le peintre).
Enfin la laguna Verde, et son somptueux changement de couleur (du vert pâle au vert émeraude) sous l’effet du réchauffement solaire.
Le volcan qui se dresse à l’arrière-plan de notre photo ce jour-la, c’est le Licancabur. Une petite lagune orne son cratère parfait, là-haut, à 5.920 mètres d’altitude.

De l’autre côté, c’est le Chili et l’Atacama, désert brûlant.
Et si la balade ne faisait encore que commencer ?